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Artikel

5 Mär 2022

Autor:
Julie Zaugg, Le Temps (Suisse)

A Dubaï, une exposition universelle sous le signe de l’exploitation

Niché en plein désert, au sud des gratteciel de Dubaï, le pavillon suisse de l’Expo 2020 occupe l’une des positions les plus en vue de ce parc de 438 hectares abritant 192 exposants nationaux...

L’événement, sorte de version utopiste de la globalisation, court d’octobre 2021 à fin mars 2022 et devrait attirer 25 millions de visiteurs. Ici, tout est démesure...

Mais derrière ce que ses organisateurs décrivent comme «le plus grand spectacle du monde» se cache une réalité moins reluisante. Pour faire tourner le parc de l’Expo, des dizaines de milliers de nettoyeurs, gardes de sécurité et cuisiniers œuvrent dans l’ombre, pour un salaire de misère dans des conditions proches du travail forcé. L’un des plus larges contingents de ces travailleurs est employé par Farnek, une entreprise appartenant à l’entrepreneur grison Remo Stoffel...

Baburam*, un nettoyeur népalais qui travaille pour Farnek depuis six ans et a été déployé sur le site de l’Expo, a dû fournir 1000 dollars (950 francs) à l’agence qui l’a recruté dans son pays pour le compte de l’entreprise suisse. «Pour réunir cette somme, j’ai dû prendre un crédit à la banque en utilisant ma maison comme collatéral, racontet-il. Je suis aussi passé par un prêteur sur gages qui m’a fait payer un taux d’intérêt annuel de 36%.»

Ces pratiques – courantes dans le Golfe où le système de Kafala lie le visa des travailleurs étrangers à un sponsor local – ont pour effet de placer les migrants «dans une situation de servitude pour dette qui avoisine le trafic d’êtres humains», estime Andy Hall, un activiste britannique qui se bat pour les droits de ces ouvriers. Elles sont aussi illégales. La loi des Emirats arabes unis exige que l’employeur prenne en charge tous les coûts liés à l’embauche de travailleurs étrangers...

Si les sommes en jeu peuvent paraître peu importantes aux yeux d’un public occidental, il faut les mettre en relation avec les salaires versés aux petites mains de l’Expo. Les nettoyeurs sont rémunérés 1000 dirhams (250 francs) par mois, les gardes de sécurité 2000 dirhams (500 francs), pour neuf heures de travail quotidien, six jours sur sept ...

«La paie n’est vraiment pas bonne, glisse Abigail*, une nettoyeuse camerounaise qui travaille pour Farnek sur le site de l’Expo. J’ai abandonné mon salon de coiffure au pays car je pensais que les opportunités seraient meilleures à Dubaï, mais je me suis trompée. Je gagne à peine de quoi subsister et je n’arrive que rarement à renvoyer de l’argent à ma famille restée en Afrique.»...

Pour les travailleurs de l’Expo, la surveillance est omniprésente... . Le site est rempli de caméras de surveillance. Des gardes de sécurité postés tous les 10 mètres observent leurs moindres faits et gestes. Les employés de Farnek doivent aussi télécharger une app qui traque leurs mouvements et alerte un centre de commande en cas d’incident ou d’absence...

[Plusieurs personnes interogées] ont confirmé ne pas être en possession de leur passeport. «L’entreprise les garde pour nous, pour éviter que nous nous les fassions voler», dit Denise. Le droit des Emirats arabes unis interdit pourtant la rétention de passeports par l’employeur. Cela empêche en effet les travailleurs de chercher un nouvel emploi, de se rendre à la banque ou même de quitter le pays sans devoir au préalable en référer à un supérieur...

[Jusqu'à 5 000 travailleurs sont hébergés dans des camps d'une] surface de 9290 m², selon un communiqué de l’entreprise. Cela représente 1,85 m² par ouvrier...

«Nous sommes huit par chambre et dormons dans des lits superposés», raconte Mukisa, qui dit souffrir du manque d’intimité et craint constamment de se faire voler ses affaires. Les allées et venues des employés sont surveillées grâce à un système de reconnaissance faciale...

Durant la pandémie, l’impossibilité de respecter les règles de distanciation sociale dans ces dortoirs exigus a en outre accru le risque d’infection pour les ouvriers...

Contactés à plusieurs reprises, Farnek et sa maison mère Priora Holding ne nous ont pas répondu...