Afrique: Les corridors de Lobito et de Nacala doivent aider les pays concernés à booster leurs économies et à transformer localement leurs ressources naturelles, selon un analyste
"Nacala, Lobito… : le spectre colonial derrière les grands corridors miniers africains", 15 septembre 2025
L’Afrique héberge 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques, mais souffre notamment d’une insuffisance d’infrastructures pour assurer leur expédition vers les marchés internationaux. Si les grandes puissances investissent pour résorber ce déficit, leurs priorités posent question.
À la 9e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9) fin août 2025, le Japon a annoncé un investissement de 7 milliards USD dans le corridor de Nacala, aux côtés de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires. Alors que l’Europe et les États-Unis misent sur le corridor de Lobito et que la Chine consolide son emprise sur des infrastructures similaires, cette initiative nippone illustre la course des grandes puissances pour contrôler les routes d’exportation des métaux critiques africains. Mais derrière les milliards promis, se profile le risque de projets déconnectés des priorités africaines et porteurs de schémas que le continent veut dépasser...
Dans le sud-est du continent, le corridor de Nacala relie le port mozambicain du même nom à la Zambie et au Malawi. Deuxième producteur africain de cuivre derrière la RDC, la Zambie dispose aussi de réserves non négligeables de cobalt. Le Malawi, de son côté, s’annonce comme l’un des prochains producteurs africains de graphite...
À l’ouest, le corridor de Lobito est soutenu par les États-Unis (qui ont annoncé plus de 4 milliards USD d’engagements financiers) et l’Union européenne. Il doit relier le sud de la RDC, deuxième producteur mondial de cuivre et fournisseur de 70 % du cobalt mondial, et le nord de la Zambie au port angolais de Lobito...
La Chine, de son côté, renforce son ancrage via la Tazara, la ligne ferroviaire construite dans les années 1970 entre la Zambie et la Tanzanie. Elle sert déjà au transport du cuivre et du cobalt zambien, et pourrait bientôt acheminer la production de graphite tanzanien vers le port de Dar es-Salaam...
Qu’il s’agisse de Nacala, de Lobito ou de la Tazara, le constat est le même : les corridors soutenus par les grandes puissances visent avant tout à répondre à leurs besoins en matière de minéraux critiques. Pour la Chine, il s’agit de fournir ses usines en matières premières et de maintenir sa domination dans l’approvisionnement mondial. C’est à cette domination que veulent échapper les États-Unis, l’Union européenne et le Japon à travers des initiatives qui réduisent la dépendance des chaînes d’approvisionnement à Pékin...
Dans ce contexte, le développement industriel local, la diversification vers l’agriculture ou l’énergie, ou encore l’ouverture à un trafic de passagers fiable, restent relégués au second plan, rappelant des logiques extractives qui remontent au passé colonial du continent. A l’époque, les infrastructures de transport étaient pensées avant tout pour expédier minéraux et produits agricoles des colonies vers les métropoles...
La concrétisation du potentiel de ces corridors devra passer par une prise en compte de l’agenda des pays africains concernés, qui veulent notamment transformer localement leurs produits miniers. C’est le cas de la Tanzanie avec le nickel, mais aussi de la Zambie et de la RDC. Alors que les deux principaux producteurs africains de cuivre ont un projet commun d’usine de batteries électriques, le corridor de Lobito peut notamment servir à l’importation des équipements nécessaires et à l’exportation des produits finis. Pour l’UNECA, il faudra aussi protéger les activités économiques existantes le long des lignes et appliquer de véritables politiques de contenu local pour que les PME puissent en bénéficier...