Afrique: La réhabilitation des mines en fin de vie constitue toujours un défi majeur malgré des lois de plus en plus exigeantes, selon des experts

Auteur: RFI, Publié le: 6 February 2020

"Comment réhabiliter une mine en fin d'exploitation ?", 5 février 2020

Lors de l’attribution de permis d’exploitation, les pays font désormais attention à quelles seront, une fois la mine fermée, les mesures de réhabilitation et les projets d’après-mine...Mais si les textes de loi sont de plus en plus précis sur ces questions, dans la réalité, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur, et d’anciennes mines ont été fermées sans aucun plan pour leur futur...

Lors de la conception d’un nouveau projet, en Afrique du Sud ou en Namibie, Deshnee Naidoo, directrice de Vedanta Zinc International, a déjà en tête à quoi ressemblera l’après-mine : « Maintenant, lorsque nous commençons, nous pensons déjà à la fin. C’est un grand changement. Ils sont loin les jours où pour lancer une mine, on commençait des études, on exploitait, puis on fermait. Maintenant, on pense à la restauration durant l’exploitation, elle est intégrée aux activités quotidiennes de la mine. »...

S’impose alors la nécessité de limiter l’impact sur l’environnement, et de dépolluer le site. Mais il faut aussi penser aux communautés qui ont vécu pendant des années autour de l’activité minière, selon Sven Renner, chargé de programme à la Banque mondiale. « Peut-être que le plus grand défi, c’est le changement de mentalité. J’ai vu des communautés qui se considèrent toujours comme des communautés minières même des années après la fermeture de la mine. Et elle voudrait continuer à pouvoir bénéficier des infrastructures qui ont été mises en place, et des connaissances qui ont été créées. »

L’Afrique du Sud, par exemple, compte plus de 6000 mines abandonnées, qui n’ont pas été correctement réhabilitées. Certaines sont désormais utilisées par des mineurs artisanaux, appelés les « Zama zamas », comme Millicent, qui extrait du charbon dans une ancienne mine près de Johannesburg : « Ils sont partis, sans rien réhabiliter, donc c’est à nous, en tant que communauté, de nous en occuper. La mine artisanale a donné du travail à près de 30 employés. Vu la pauvreté, on prend le risque d’y aller. Des pratiques souvent dangereuses, et criminalisées. »

Pour Thembinkosi Dlamini, de l’organisation Oxfam, c’est un exemple d’échec des politiques de réhabilitation : « Je pense que jusqu’à présent on n’a jamais vu une fermeture de mine réussie en Afrique du Sud. Bien souvent, il manque la vision sociale. Des années avant la fin de l’activité, les gens doivent apprendre de nouvelles compétences, pour les utiliser ensuite. Mais dans la région de l’East Rand, par exemple, il y a même des compagnies qui ont fermé sans donner aux travailleurs des indemnités de départ. »

Si les nouvelles règles sont plus strictes, il existe toujours aujourd’hui un risque de corruption vis-à-vis des fonds dédiés à ces projets selon Nicole Bieske, de Transparency International : « Il faut beaucoup de régulations. Le problème c’est que ces fonds pourraient être mal utilisés, s’ils ne sont pas bien définis. Les sommes qui sont prévues sont presque toujours insuffisantes. Et l’autre défi, c’est que les entreprises ne dévoilent pas toujours combien a été mis de côté. »

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Entreprises concernées: Vedanta Resources