Afrique: L'orpaillage est marqué par d'importants risques de violations des droits humains, de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale selon un rapport

Le rapport "L’or à la croisée des chemins Étude d’évaluation des chaînes d’approvisionnement en or produit au Burkina Faso, au Mali et au Niger" s’attache à faire le point sur les conditions de production et de commerce de l’or dans ces trois pays, avec un intérêt particulier porté à l’orpaillage (exploitation artisanale et à petite-échelle – EAPE), afin d’identifier les risques potentiels de financement de conflit, de violations des droits humains, et de crimes financiers. Il porte en outre une attention spécifique aux liens supposés avec le financement des activités des groupes terroristes évoluant sur le territoire de ces trois États .Hormis le fait que l’orpaillage occasionne d’énormes pertes pour les pays où il se développe du fait de la contrebande, l’activité est un nid à problèmes. «Les risques de corruption, fausses déclarations, blanchiment d’argent et non-paiement des taxes, ainsi que le développement de pratiques contraires aux droits humains, comme le travail des enfants, la prostitution et les violences sexuelles, ainsi que le travail forcé, figurent parmi les vulnérabilités observées dans le secteur», souligne le rapport. L’étude indique que le nombre d’enfants sur les sites d’orpaillage au Burkina Faso, Niger et Mali, dépasserait les 100 000 individus. Cette activité a également des impacts néfastes sur l’environnement, notamment la pollution.

 

 

Souscrire au flux RSS de cette rubrique

Tous les éléments de cette histoire

Rapport
1 October 2018

L’or à la croisée des chemins : Étude d’évaluation des chaînes d’approvisionnement en or produit au Burkina Faso, au Mali et au Niger

Auteur: Roberto Sollazzo et l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)

L’objectif général de l’étude est de promouvoir la responsabilité des acteurs économiques, la traçabilité et la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minerais d’or produits dans les États membres de l’ALG (L’Autorité de Développement Intégré de la Région du Liptako-Gourma)...La production d’or au Burkina Faso et au Mali constitue le principal moteur des exportations et une part importante des recettes publiques. Le secteur extractif au Niger reste par contre dominé par la production de pétrole et d’uranium. Au Burkina Faso, 12 mines d’or industrielles sont actuellement actives et ont produit 45,5 tonnes d’or en 2017. Au Mali,9 mines industrielles ont produit 49,6 tonnes d’or en 2017. Au Niger, la mine d’or de Samira, la seule du pays, produit 1,5 tonne de métal par an. Au total, la production d’or industrielle enregistrée dans les trois pays pour l’année 2017 a donc atteint 96,6 tonnes...Au total, l’EAPE représenterait, pour l’ensemble des trois pays, un volume de production compris entre 15 et 85 tonnes, une estimation probable situant ce chiffre à environ 50 tonnes par an, soit un volume qui représente plus de 50% de la production industrielle légalement enregistrée pour l’année 2017. Au cours moyen de l’or pour l’année 2017, cette production représentait une valeur de 2,02 milliards de dollars américains. La très grande majorité de cette production est exportée illégalement...environ 1 500 000 personnes seraient directement employées par l’EAPE au Mali (400 000), Niger (450 000) et Burkina Faso (200 000) et 6 100 000 personnes en dépendraient au moins partiellement (Hilson, 2016), sur une population cumulée dans les trois pays de près de 60 millions d’habitants. 10% de la population des trois pays concernés seraient par conséquent indirectement liés à l’EAPE...Les risques de corruption, fausses déclarations, blanchiment d’argent et non-paiement des taxes ainsi que le développement de pratiques contraires aux droits humains, comme le travail des enfants, la prostitution et les violences sexuelles diffuses et le travail forcé, figurent parmi les vulnérabilités observées dans le secteur. Ainsi, le nombre d’enfants sur les sites d’orpaillage au Burkina Faso, Niger et Mali dépasserait les 100 000 individus...Dans une moindre mesure, l’implication des forces publiques de sécurité a été relevée...L’activité des collecteurs et des comptoirs dans les trois pays ne fait l’objet d’aucune traçabilité sur l’origine des fonds ni d’enquête de moralité sur les opérateurs...Un ensemble de groupes armés non-étatiques sévit dans les trois pays objets de l’étude...un ensemble de témoignages signale unecroissance des incidents liés à l’activité de ces groupes autour de sites de production d’or, artisanal et industriel, dans la région...[Le rapport se termine par d'importantes recommandations].

 

Tout lire

Article
19 October 2018

L’artisanat minier, source de crimes économiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger

Auteur: Louis-Nino Kansoun, Agence écofin (Suisse)

Plusieurs pays en Afrique de l’Ouest tirent une grande part de leurs recettes publiques de leurs ressources naturelles, y compris l’or...l’orpaillage (souvent clandestin et illégal) prend de l’ampleur depuis quelques années. Entre les pertes de l’ordre de milliards de dollars et les risques de violation des droits humains, le phénomène est un véritable casse-tête pour les dirigeants...Selon un rapport de l’OCDE...la production aurifère artisanale et à petite-échelle cumulée du Mali, du Burkina Faso et du Niger serait entre 15 et 85 tonnes, une estimation probable situant ce chiffre à environ 50 tonnes par an, soit un volume qui représente plus de 50% de la production industrielle légalement enregistrée pour l’année 2017...L’étude...indique qu’au cours moyen de l’or, en 2017, cette production, dont la très grande majorité est exportée illégalement, représentait une valeur de 2,02 milliards de dollars. Si le Niger est plus connu pour ses grandes ressources d’uranium, l’or constitue le principal moteur des exportations et l’un des piliers des économies du Mali et du Burkina Faso...Par ailleurs, selon des estimations récentes, plus d'un million de personnes seraient directement employées par l’exploitation artisanale et à petite échelle au Mali (400 000), Niger (450 000) et Burkina Faso (200 000) et 6 100 000 personnes en dépendraient au moins partiellement, sur une population cumulée dans les trois pays de près de 60 millions d’habitants...l’activité est un nid à problèmes. «Les risques de corruption, fausses déclarations, blanchiment d’argent et non-paiement des taxes, ainsi que le développement de pratiques contraires aux droits humains, comme le travail des enfants, la prostitution et les violences sexuelles, ainsi que le travail forcé, figurent parmi les vulnérabilités observées dans le secteur», souligne le rapport...le nombre d’enfants sur les sites d’orpaillage au Burkina Faso, Niger et Mali, dépasserait les 100 000 individus...Cette activité a également des impacts néfastes sur l’environnement, notamment la pollution....«Des réflexions devraient être menées avec les acteurs du secteur financier au niveau régional pour apporter des réponses constructives aux limites d’un système bancaire qui pousse les acteurs extérieurs au secteur minier à subventionner la production illégale et informelle d’or pour répondre à leurs propres défis de financement opérationnel», recommande l’organisation.

Tout lire