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Côte d'Ivoire: Le travail des enfants dans les plantations de cacao est un problème de politique publique et de pauvreté, selon un expert

Auteur: Pierre Pinto, RFI, Publié le: 12 November 2019

"Cacao: le travail des enfants «est un problème de politique publique, de pauvreté»", 11 novembre 2019

Deux sénateurs américains font planer la menace d’un embargo sur les fèves de cacao ivoiriennes, pour faire pression sur les industriels et les autorités pour qu’ils luttent davantage contre le travail des enfants. Mais quelles réalités revêt ce phénomène ? Quelle différence entre le jeune garçon qui donne un coup de main à son père pendant les vacances, et le gamin vendu comme esclave et acheminé pour trimer dans certaines plantations ? Francois Ruf, chercheur au Cirad et spécialiste du cacao, travaille en Côte d’Ivoire depuis 25 ans. Il répond aux questions de RFI...

RFI : Quand on parle de travail des enfants, en Côte d’Ivoire, de quoi parle-t-on ?

François Ruf : Les choses commencent à être bien connues. La WorldCocoa Foundation - l’Organisation internationale des grandes entreprises du chocolat - a bien fait la différence, dans leur publication, dans leur discours. Il y a ce qu’ils appellent la pire forme du travail des enfants. Ce sont des cas où des enfants sont envoyés, souvent depuis des pays étrangers, depuis le Burkina Faso ou le Mali, plus ou moins « vendus » par leurs parents à des passeurs qui viennent les installer dans des exploitations un peu sauvages, de « préférence » dans les forêts classées, dans les parcs nationaux. Donc vraiment la vilaine histoire. Et à côté de cela, il y a une multitude d’exploitations familiales dans des dizaines de milliers de villages en Côte d’Ivoire, où les planteurs comme tous les agriculteurs du monde entier, font appel à leurs enfants en période de vacances scolaires et ne font que se faire aider sur des travaux pas spécialement dangereux. Donc il y a deux choses très différentes. L’éternel problème c’est l’amalgame qui a été fait entre les deux.

Donc en termes de quantité, on ne sait pas quel est le ratio ?

Personne ne sait exactement. Mais admettons qu’il y ait un million de familles de planteurs en Côte d’Ivoire, s’il y a un million d’enfants qui travaillent, cela veut dire un enfant par famille. Il n’y a rien d’anormal. Le travail des enfants au sens « travail d’esclave », on a très peu ces chiffres, mais on sait qu’ils sont très nombreux. Ils sont confinés dans les forêts classées. Donc c’est grave, mais c’est un problème de politique publique. C’est un problème de pauvreté. Les quelques enfants ne seraient pas envoyés par leurs familles depuis le Burkina Faso ou le Mali, si la pauvreté ne dominait pas dans ces pays-là. À la limite, c’est dans ces pays-là qu’il faut essayer de développer des écoles et de l’accompagnement de développement...

Les industriels sont engagés depuis des années dans des processus de certification contre la déforestation, contre le travail des enfants. Est-ce que finalement ce n’est pas un mythe ? Jusqu’à quel point il est possible de certifier du cacao sans travail des enfants ?

C’est très difficile pour les multinationales d’aller intervenir aux fins fonds d’une forêt classée pour dire ce n’est pas bien ce que vous faites. Si les multinationales affirment qu’elles achètent du cacao certifié sans travail des enfants, elles prennent une part de responsabilité. Elles ne devraient pas communiquer là-dessus. Elles devraient dire plus honnêtement que c’est minime et qu’elles font tout ce qu’elles peuvent, mais qu’elles ne peuvent rien empêcher. Les agences de certification comme Rainforest ou autres ont une lourde responsabilité et communiquent beaucoup, aussi. Je prends un exemple. C’est une anecdote qui n’est pas représentative, mais dans la région de Daloa on est tombés sur...

 

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