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Article

27 Fév 2024

Auteur:
Carole Assignon, Deutsche Welle (Allemagne)

L'Union européenne se défend après un accord de coopération controversé sur l'exploitation de minerais stratégiques avec le Rwanda

"Le Rwanda et l'UE renforcent leur coopération minière", 21 février 2024

L'Union européenne et le Rwanda ont conclu le 19 février un protocole d'accord pour renforcer leur coopération dans le secteur des mines notamment en ce qui concerne des matières premières critiques comme le tantale, l'or et le tungstène. Bruxelles insiste sur la traçabilité et la lutte contre le trafic de minéraux que garantirait cet accord.

Mais la Commission européenne justifie aussi son choix par " l'Etat de droit " qui existerait au Rwanda, un pays connu pourtant pour la répression des opposants politiques. Le contexte dans lequel cette signature a eu lieu est par ailleurs problématique, alors que lundi dernier, des drapeaux de l'Union européenne ont été brûlés par des manifestants à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. Ceux-ci reprochaient aux Etats occidentaux leur silence sur les agissements du Rwanda en RDC.

En signant ce protocole d'accord, l'Union européenne et le Rwanda entendent renforcer leur coopération dans le secteur minier rwandais, notamment la traçabilité et la lutte contre le trafic illicite de minerais. Ce dernier point n'est pas anodin puisque le Rwanda est accusé par la République démocratique du Congo, son voisin, de piller ses ressources minières dans l'est de son territoire, notamment ses mines d'or.

Vincent Biruta, le ministre rwandais des Affaires étrangères, a assuré que son pays "attache une grande valeur à son partenariat avec l'UE et se réjouit de ce nouveau renforcement de la collaboration”.

Même contentement du côté de Thierry Breton, le commissaire au Marché intérieur, qui dit ceci :

"Le Rwanda est un important fournisseur de tantale, d'étain, de tungstène, d'or et de niobium, et il dispose de réserves de lithium et de terre rares. Par ce partenariat mutuellement bénéfique, nous voulons mettre en place une chaîne de valeur résiliente et durable pour les matières premières, couvrant l'extraction, le raffinage, la transformation, le recyclage et le remplacement. La transparence, la traçabilité et les investissements sont au cœur du partenariat UE-Rwanda dans le domaine des matières premières critiques.”

La Commission européenne se félicite du fait que, "une raffinerie d'or existe déjà (au Rwanda) et une raffinerie de tantale sera bientôt opérationnelle". Or, les rapports successifs des experts de l'Onu sur la RDC rappellent que l'or traité dans cette raffinerie est en grande partie sorti illégalement de RDC...

Quasiment 60% de ces exportations sont dirigées vers les Emirats arabes unis ou la Chine. L'Union européenne a donc du retard à rattraper et c'est ce qui pourrait inciter Bruxelles à être moins regardant sur la démocratie : "grâce à l'Etat de droit et à un environnement favorable aux investissements, le Rwanda a la capacité de devenir une plaque tournante dans le domaine de la création de valeur ajoutée dans le secteur des minerais", précise la Commission européenne...

Mais pour Bernard Ntaganda, président du Parti Social Imberakuri au Rwanda, le timing est mal choisi pour signer un accord minier. Il évoque les tensions diplomatiques entre Kigali et Kinshasa, qui accuse son voisin de soutenir les rebelles du M23 dans l'est de son territoire, ce qui lui permettrait de piller les ressources minières dans la province du Nord-Kivu.

"L'Union européenne recense sans cesse les violations graves des droits de l'Homme ici au Rwanda. La même UE passe des accords avec le gouvernement rwandais. Cela nous montre l'hypocrisie totale de l'UE", estime-t-il.

Bernard Ntaganda insiste par ailleurs sur le fait que le Rwanda n'est pas un Etat de droit mais "un pays qui bafoue les droits fondamentaux, les droits de l'homme. Le gouvernement rwandais tourne le dos à la démocratie (...). Vous avez un pays où on a des opposants en prison, des journalistes en prison... Il y a ceux qui ont perdu la vie pour avoir exercé leur métier au Rwanda. On sait que le Rwanda est une prison à ciel ouvert", assure-t-il...

Du côté de la RDC, on observe avec inquiétude le renforcement de la coopération entre l'Union européenne et le Rwanda, souligne le juriste Jean-Claude Katende qui travaille également pour la promotion des droits de l'Homme et la transparence des industries extractives.

"Tout le monde sait qu'en ce qui concerne les matières stratégiques, le Rwanda n'en a pas en grande quantité. La partie importante des minerais que le Rwanda utilise ou exporte vient de la RDC. Cet accord va contribuer à ce que le Rwanda renforce sa stratégie de pillage des ressources en RDC pour répondre aux exigences de cet accord. Avec cet accord, les violences dans l'est de la RDC ne vont pas cesser. L'UE vient de montrer qu'elle ne prend pas en compte ce qui se passe dans l'Est", déplore Jean-Claude Katende. 

Le chef de l’Etat a critiqué jeudi (22.02.2022) ce protocole d’accord entre le Rwanda et l’Union européenne. Selon lui, ce protocole, "encourage le pillage des ressources naturelles congolaises par le Rwanda".

"Quand vous achetez le produit d'un receleur, vous êtes vous-même coupable de vol", a lancé Félix Tshisekedi lors d'une conférence de presse. "Donc, l'Union européenne, j'espère, ne va pas jouer ce jeu-là", a-t-il poursuivi, en affirmant que son pays allait "user de toutes les voies, diplomatiques et judiciaires, pour faire annuler ce +MoU+" (memorandum of understanding), pour "empêcher cette ignominie"...

...le mouvement citoyen " Lutte pour le changement ", Lucha, exprime aussi son inquiétude au sujet de l'impact que pourrait avoir le renforcement de ce partenariat entre l'Union européenne et le Rwanda...[Il]...souhaite également que l'UE conditionne l'aide au développement et le partenariat militaire avec le Rwanda au retrait de ses troupes déployées en RDC.