Sénégal: La société civile constate l'échec de la NASAN et appelle les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au cœur des stratégies de sécurité alimentaire et de la nutrition

Auteur: Cadre de Concertation et de Coopération des Ruraux(CNCR), Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR), ActionAid Sénégal(AAS) et d'autres, Publié le: 19 June 2018

"Lettre d’interpellation adressée au gouvernement de la République du Sénégal, des pays membres du G7 et à l’Union Africaine", 10 juin 2018

La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (NASAN) a été lancée en 2012 par le G8, en réponse à la flambée des prix des denrées alimentaires survenue en 2010-2011 et à une vague de sécheresse dans la corne de l’Afrique affectant les populations africaines...La société civile et le mouvement paysan sénégalais saluent l’engagement pris en 2012 par les pays membres du G7 en faveur de l’agriculture sur le continent africain, mais déplorent l’approche et la mise en œuvre de la NASAN. Ils appellent les pays du G7, les gouvernements africains et l’Union Africaine (UA) à soutenir davantage l’agriculture familiale et l’agroécologie, garantes d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, tel que stipulé lors du forum 2018 de la FAO sur l’agroécologie...La NASAN a été lancée sur l’hypothèse que la sécurité alimentaire et nutritionnelle peut être améliorée grâce à un apport accru du secteur privé. Cependant, l’expérience au Sénégal démontre que la NASAN a effectué un ciblage inadéquat des entreprises ayant pris part à la NASAN, à cause des délais très courts impartis par le G7. Le manque de communication autour des objectifs de la NASAN, l’impréparation des parties prenantes à jouer leur partition et l’absence de cadre contraignant ont créé un déficit d’engagement de la société civile et les Organisations de producteurs...La NASAN traite les petits producteurs essentiellement comme des bénéficiaires d’emplois et de services pourvus par les agro-industries plutôt que d’acteurs économiques en soi. Or, les emplois créés par l’agrobusiness demeurent précaires et saisonniers, peu rémunérateurs, généralement sans prise en charge sociale et médicale et leur nombre est largement en dessous des attentes des populations...Nous appelons le G7 à reconnaître que : • la sécurité alimentaire en Afrique est assurée par les exploitations familiales, lesquelles doivent être soutenues par les politiques publiques pour favoriser et sécuriser l’accès à la terre, à l’eau, aux semences paysannes ; • les exploitations familiales sont généralement aussi performantes que les fermes agroindustrielles, tout en fournissant plus d’emplois, de meilleure qualité, et en produisant de manière plus durable ;
• les femmes sont la pierre angulaire de modes de production durables et les pionnières de stratégies pour assurer la sécurité alimentaire...Nous exhortons le gouvernement du Sénégal à : • Augmenter son niveau d’investissement dans le secteur agricole en priorisant l’agriculture familiale dans le respect des engagements de Malabo ; • Parachever la réforme foncière afin de sécuriser les terres des exploitations familiales et préserver le patrimoine foncier et les ressources naturelles pour les générations futures...

 

 

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