Une enquête dénonce l'utilisation d'entreprises anonymes pour camoufler des conflits d'intérêts et faciliter l'évasion fiscale en Afrique de l'Ouest

ICIJ-page-screenshot-WestAfricaLeaks.png

  • Le Consortium International des Journalistes d'Investigation (CIJI) et des journalistes originaires de 11 pays d'Afrique de l'Ouest ont examiné les informations contenues dans les fichiers fuités lors des Offshore Leaks, Swiss Leaks, Panama Papers et Paradise Papers
  • Les résultats révèlent la présence de corruption, de confits d'intérêts, et d'évasion et fraude fiscales, commis par des haut fonctionnaires et entreprises de la région à travers d'entreprises anonymes
  • Un rapport de 2014 estime que l'Afrique perd plus de 50 milliards de dollars par an du fait de flux financiers illicites, une situation préoccupante étant donné le manque de croissance, les niveaux de pauvreté et le besoin d'investissements sociaux et économiques
  • Une ONG appelle les gouvernements d'Afrique de l'Ouest à honorer les engagements pris dans le cadre du Groupe d'Action Financière (GAFI) en établissant des registres publics des bénéficiaires effectifs afin d'encourager la transparence des flux financiers
Souscrire au flux RSS de cette rubrique

Tous les éléments de cette histoire

Article
28 May 2018

"West Africa Leaks" ou comment l'Afrique de l'Ouest perd des millions en évasion fiscale

Auteur: Karine Barzegar, TV5 Monde

C'est une vaste enquête destinée à examiner et explorer les informations contenues dans des dizaines de millions de fichiers fuitées lors des récents scandales d'évasion fiscale : Offshore Leaks, Swiss Leaks, Panama Papers et Paradise Papers. La cible : les pays d'Afrique de l'Ouest. A la manette : le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI) et 13 journalistes originaires de 11 pays de la région. Résultat : des millions de dollars des nations d'Afrique de l'Ouest sont détournés via des paradis fiscaux offshore...Le journaliste d'investigation [Will Fitzgibbon rappelle] les conclusions catastrophiques d'un rapport des Nations unies sur les flux financiers illicites publié en 2014. Selon ce rapport...environ 50 milliards de dollars de capitaux sortent chaque année du continent de manière illicite, sans laisser de trace. L'Afrique de l'Ouest représente plus d'un tiers de ces 50 milliards de dollars, soit 43 milliards d'euros ainsi "défiscalisés"...L'enquête menée par l'ICIJ en collaboration avec la Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d'Investigation en Afrique de l'Ouest, met à jour des malversations et des détournements fiscaux dans divers pays d'Afrique de l'Ouest qui touchent aussi bien des compagnies privées que des individus, dont certains proches des gouvernants passés et actuels.

Tout lire

Article
25 May 2018

Les conflits d'intérêts exposés par les #WestAfricaLeaks soulignent le besoin de mettre un frein aux sociétés anonymes

Auteur: Transparency International Secretariat

Les articles publiés dans le cadre des #WestAfricaLeaks du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et de la Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d'Investigation en Afrique de l'Ouest (CENOZO) montrent combien il est facile pour les fonctionnaires corrompus, blanchisseurs d'argent et autres délinquants d'Afrique de l'Ouest de se dissimuler derrière des entreprises anonymes pour accéder au système financier mondial...
Max Heywood, coordinateur de la mobilisation et du plaidoyer à Transparency International, a indiqué : « Nous ne cessons de mettre au jour des conflits d'intérêts et des stratagèmes de corruption rendus possibles par le recours aux sociétés anonymes. Malgré les engagements pris par les États pour combattre ce problème, le passage à l'action et les mesures concrètes continuent de faire défaut. Pendant ce temps, les personnes corrompues continuent leurs agissements et les citoyens en paient le prix. »
Transparency International exhorte les gouvernements d'Afrique de l'Ouest à honorer les engagements pris dans le cadre du Groupe d'action financière (GAFI) en établissant des registres publics des bénéficiaires effectifs afin de lever le voile du secret qui permet aux fonctionnaires corrompus d'éviter les contrôles et de camoufler leurs conflits d'intérêts.

Tout lire

Rapport
21 May 2018

Côte d'Ivoire : Benath Company : la société cachée d’Akossi Bendjo dans les paradis fiscaux

Auteur: Anderson Diedri, CENOZO (Investigative Reporting in West Africa)

L’actuel maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, a créé depuis 1997 une société dans un paradis fiscal, le Bahamas. Mais pour ne pas apparaitre officiellement comme le propriétaire, il a mis en place un montage opaque et de dissimulation, avec l’aide du cabinet d’avocat Mossack Fonseca, spécialisée dans la création de sociétés offshores...Mais Mark Elliott (domicilié à Londres) est alors désigné comme « premier directeur » de cette société offshore...Ce dernier, comme le montre nos documents, semble n’être qu’un homme de paille afin de dissimuler l’identité de la véritable personne qui se cache derrière cette entreprise : Akossi Bendjo. Pour résumer, la société Benath Company a son siège aux Bahamas, dispose d’un directeur résidant à Londres et son deteneur d'actions se trouvant lui à Abidjan...Jessica Ebrard, coordonnatrice anti-blanchement à l’ONG Transparency International, interrogée par ICIJ, décrypte cette pratique : « Les administrateurs nominés et les « actions au porteur » obscurcissent la réalité de qui opère réellement ou bénéficie de l’entreprise. En effet, ils sont enregistrés comme les propriétaires légaux d’un actif sans réellement posséder le droit de jouir de ses avantages. Les administrateurs mandataires et les « actions au porteur » sont utilisés avec des structures d’entreprise complexes et opaques mises en place dans différentes juridictions, ce qui permet de cacher facilement les propriétaires bénéficiaires de la société »...« Je ne suis pas actionnaire », a néanmoins rejeté...[Bendjo]...répondant à nos questions...« Les documents scellés sont chez le notaire aux Bahamas. Je suis administrateur » depuis 2014, [a-t-il] fait valoir...Pour lutter contre le fléau de l’évasion fiscale, qui en général explique la sollicitation des paradis fiscaux, la Côte d’Ivoire a renforcé sa réglementation depuis 2016 notamment. Cette réforme s’inscrit dans le cadre du projet « BEPS » lancé en 2013 par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) à la demande du G20...[Fait référence aussi à Trafigura, Total et BNP Paribas].  

Tout lire

Article
21 May 2018

Côte d'Ivoire: Evasion fiscale : Le maire du Plateau ruse avec le fisc ivoirien

Auteur: Konan Noël, CENOZO (Investgative Reporting in West Africa)

En exploitant plus de 27,5 millions de documents, l'enquête a permis de découvrir que Bendjo est détenteur d’actions au porteur dans une entreprise offshore basée aux Bahamas...Membre du Secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), chargé de l’organisation et de la mobilisation, Bendjo est l’un des proches collaborateurs d’Henri Konan Bédié, le président du PDCI et ancien chef de l’Etat. Depuis 2001, il est le maire de la commune du Plateau, le pôle économique et administratif de la ville d`Abidjan...C’est en mars 1997...que Noël Akossi Bendjo...[crée]...Benath Company Ltd, une société internationale de droit bahaméen...[grâce à l'aide du]...cabinet d’avocats Mossack Fonseca situé au Panama...L’Ivoirien, Haccandy Kouakou Yao Auguste...a été par la suite nommé comme administrateur aussi....[Bendjo]...propriétaire de Benath Company a, pour sa part, décidé de rester dans l’ombre, en ayant recours à des prête-noms...« Cette société fait ce qu’on appelle la prospection. Les gens ont décidé d’investir dans une société », révèle Bendjo. Et Haccandy...a renchéri : « C’est pour que je puisse faire de la prospection pour l’autre. J’ai eu un mandat pour les représenter en Côte d’Ivoire, de rechercher des marchés pour eux. »...un an après la création de Benath, la société Klenzi distribution, spécialisée dans la distribution de produits pétroliers va voir le jour à Abidjan...« Au départ, c’est Mark Elliot qui a créé son affaire et il voulait investir en Afrique. C’est un ami et il a demandé aux gens (Haccandy et Serge Mobio) d’être administrateur...et il m’a demandé si je peux continuer les activités de l’entreprise...Puisqu’en 2014, je partais à la retraite, c’est pourquoi je suis devenu administrateur », a-t-il réagi sur la question de la propriété de cette société offshore. Sollicité...sur la même question, Haccandy Kouakou [répond]...« Je ne sais pas. J’ai un ami anglais qui est actionnaire. Il s’appelle Mark Elliot. C’est un de mes amis anglais. C’est un des actionnaires. C’est lui le dirigeant de la structure. Et moi, il m’a donné un mandat de représentation pour la Côte d’Ivoire. Donc, je ne suis pas le dirigeant de Benath », a-t-il expliqué...selon Bendjo, « Il n’y a pas d’évasion fiscale. Il n’y a pas de bénéfice qui a été distribué. La société n’a pas fait de bénéfices, elle n’a rien distribué. Il n’y a pas ce qu’on appelle des revenus qui n’ont été redistribués », s’est-il défendu...Pour sa part, la coordinatrice anti-blanchiment a Transparency International conseille ceci : « Il est important de surveiller et d’assurer la légitimité de la richesse des personnes politiquement exposées, y compris les politiciens. Ce n’est pas possible quand ils sont impliqués dans des sociétés offshore anonymes. En effet, les sociétés offshore autorisent les mouvements secrets d’argent de la part des forces de l’ordre et sont un vecteur important de corruption. Bien souvent, les corrompus mènent des vies de luxe en toute impunité en canalisant les produits de la corruption par l’intermédiaire de sociétés offshore. »

Tout lire