La vaine mobilisation citoyenne contre l’impact écologique et sanitaire des Industries Chimique du Sénégal (ICS)
Le 10 novembre dernier, le collectif “Mboro SOS” publiait une vidéo présentée comme celle d’un camion ayant accidentellement déversé une importante quantité d’acide sur la principale route de Mboro. Les acides phosphoriques et sulfuriques transportés par ce type de camion peuvent provoquer de graves brûlures de la peau et de graves lésions des yeux en cas de contact direct. Inhalé ou ingéré en forte concentration, ils sont également très dangereux, selon les données de l’OMS et de l’OIT (acide sulfurique, phosphorique), qui précise néanmoins que le risque de contamination de l'air par évaporation est faible pour les deux acides...
Le camion appartient aux Industries chimiques du Sénégal (ICS), qui exploitent du phosphate et du soufre dans plusieurs sites concentrés autour des villages de Mboro et de Darou Khoudoss, dans l’arrondissement de Méouane...
Actives depuis les années soixante, racheté à 78 % en 2014 par le groupe indien Indorama Corporation, les ICS constituent l’une des plus anciennes entreprises du pays – et l’une des plus lucratives, avec un chiffre d'affaires de 700 milliards de francs CFA (un peu plus d’un milliard d’euros) en 2022.
Mais dans la région de Thiès, des habitants dénoncent depuis des dizaines d’années le fort impact environnemental et sanitaire d’une pollution qu’ils jugent non contrôlée.
À plusieurs reprises, des camions ont perdu une partie de leur cargaison et libéré du soufre sur la voie publique. Le soufre n’est pas toxique en tant que tel, mais il peut être irritant pour les voies respiratoires, selon plusieurs experts en chimie que notre rédaction avait contactés en 2018...
À cela s’ajoute d’autres incidents similaires qui surviennent depuis plusieurs années. Les habitants et des autorités locales font état de fuite de gaz, et plus largement à la pollution générée par les usines des ICS qui dégradent l’environnement et mettent en péril la santé publique.
Saliou Seck, professeur de SVT à Dakar, fait partie du Collectif des villages impactés par les ICS. Il habite dans le village de Ngakham 2, à proximité de la mine de phosphate, depuis plus de 30 ans, où il a vu la situation se dégrader au fil des années...