RDC : Pour assurer la viabilité commerciale du Corridor de Lobito, il faut une diversification au-delà des minerais, selon une étude
"Corridor de Lobito : la viabilité commerciale exige une diversification au-delà des minerais (ECDPM)", 28 mai 2025
La viabilité commerciale du corridor de Lobito, qui reliera les mines de cuivre et de cobalt du sud de la RDC et du nord-ouest de la Zambie aux marchés internationaux via le port angolais de Lobito, nécessite l’élargissement de son champ d’utilisation au-delà des minerais, à travers le développement de chaînes de valeur régionales dans plusieurs secteurs comme l’agriculture et l’énergie, a estimé le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) dans un rapport publié le 14 mai.
Intitulé « Le corridor de Lobito : Entre géopolitique européenne et agence africaine », le rapport précise que le corridor comprend deux projets différents : une ligne ferroviaire de type brownfield (rénovation d’un chemin de fer déjà existant) reliant Lobito (Angola) à Kolwezi (RDC) et une ligne ferroviaire de type greenfield (construction ex nihilo d’un nouveau chemin de fer) reliant Lobito à Chingola (Zambie), avec l'objectif à long terme de relier la ligne greenfield à la ligne ferroviaire existante TAZARA (Tanzania-Zambia Railway) reliant la Copperbelt zambienne au port tanzanien de Dar es-Salaam.
La ligne greenfield porte sur la construction de 730 km de voies ferrées (270 km en Angola et 460 km en Zambie) pour un coût estimé à 5 milliards de dollars, ce qui en fait la partie la plus coûteuse du projet...
Il existe des arguments convaincants selon lesquels le corridor de Lobito pourrait réduire les temps de trajet et les distances à parcourir pour acheminer les minerais de la Zambie et de la RDC jusqu'au port angolais...Le rapport indique cependant que les coûts d'expédition des minerais resteront élevés malgré la réduction du temps de transit entre les mines et le port de Lobito. Certains acteurs interrogés pensent que ces coûts sont même trop élevés pour attirer les utilisateurs finaux....
En outre, bien que l'étude de faisabilité de la ligne greenfield reliant Lobito à la ville zambienne de Chingola n'ait pas encore été rendue publique, des experts connaissant bien le projet mettent en doute la viabilité commerciale de ce chemin de fer, en raison des prévisions irréalistes relatives à l’augmentation des exportations ou des volumes qui pourraient quitter les itinéraires d'exportation actuels...
D’autre part, les volumes de minerais qui devraient être exportés via la ligne ferroviaire greenfield semblent insuffisants pour garantir sa viabilité commerciale. A titre d’exemple, la production de la mine de cuivre zambienne de Mingomba par KoBold Metals devrait atteindre un volume de 300 000 tonnes par an, alors que la raffinerie de cobalt de Kobaloni à Chingola produira jusqu'à 6 000 tonnes de cobalt raffiné par an. Il est peu probable que ces volumes, à eux seuls, justifient la construction de cette coûteuse ligne de chemin de fer.
De plus, la liaison routière existante entre les villes zambiennes de Chingola et Kapiri Mposhi avant la connexion avec la Tanzanie (par la route ou le chemin de fer TAZARA) permet aux exportateurs potentiels comme KoBold Metals ou Kobaloni de transporter leurs marchandises par d'autres itinéraires.
Le trafic sur la voie ferrée brownfield est également limité, avec par exemple seulement deux trains transportant du cuivre produit par Ivanhoe Mines en RDC chaque semaine.
La demande des minerais critiques par les États-Unis et l'Union européenne (UE) reste par ailleurs incertaine. Les entreprises européennes se concentrent sur la fabrication en aval et achètent des composants intermédiaires, avec des incitations limitées à raffiner au niveau national en raison de l'approvisionnement chinois moins cher...
...les doutes quant à la viabilité commerciale du corridor de Lobito, s’il se limite à l’exportation des ressources minières vers les marchés internationaux, devrait amener la RDC, la Zambie et l’Angola ainsi que leurs partenaires à envisager l'utilisation de ce corridor pour renforcer les liens transfrontaliers par le développement de chaînes de valeur agricoles et énergétiques régionales.
Le corridor présente également des opportunités pour aider ces pays à monter dans la chaîne de valeur des minerais critiques, y compris la fabrication des batteries de véhicules électriques ou de leurs composants, comme le prévoit un accord signé en mars 2023 entre la Zambie et la RDC...