RDC: Les personnes déplacées par Chemaf réclament justice, l'entreprise dit avoir trouvé un compromis avec les victimes
"RDC: déplacés de force par une compagnie minière, les habitants de Mukumbi réclament justice", 27 avril 2021
Thérèse Mujinga fait partie des 3 000 personnes qui ont été délogées de Mukumbi en 2016 par l’entreprise minière Chemaf. Aujourd’hui, elle et ses cinq enfants sont sans abris. « Mes enfants et moi passons nuit à l’église CEM. Pour survivre, je fais le tour des églises afin d’avoir de l’aide. Mes enfants ne vont pas à l’école. J’avais un demi-hectare de champs, j’ai tout perdu et je souffre », dit Thérèse, amère.
Parmi les habitants de ce village, certains ont trouvé refuge dans d’autres villages autour de Kolwezi, d’autres vivent dans les champs. Pour le chef du village, la situation socio-économique de ses administrés est misérable. « Nous vivons dans une misère indescriptible », déplore-t-il. « Imaginez-vous quelqu’un qui avait un champ ou il pouvait récolter du maïs, du manioc, des patates douces, du piment, les vendre afin de scolariser ses enfants. Mais aujourd’hui, il vend de l’eau, ou nettoie les minerais et ne peut gagner que 5 000 francs pour nourrir une famille de huit enfants. »
Exacerbés par cette misère, le chef du village et quelques habitants ont saisi l’an dernier la justice et demandé une indemnisation. Mais l’entreprise Chemaf a sollicité un arrangement à l’amiable grâce à la médiation du gouvernement provincial à Kolwezi. Chemaf a ainsi décaissé plus d’un million de dollars pour cette fin et remis les fonds au gouvernement provincial.
Karl Mweze, coordonnateur de la Coalition pour la sauvegarde des droits humains, qui accompagne la communauté de Mukumbi, dénonce la sous-évaluation des biens des victimes. Il exige que la procédure en matière d’indemnisation soit respectée. « Quelqu’un à qui on a ravi champ, marché, école... Tout moyen de subsistance et on lui donne 50 dollars en appelant cela “prime d’indemnisation”. Les autres ont reçu 100 dollars et le plafond était fixé à 1 500 dollars. Quelle moquerie ! Voilà pourquoi nous demandons, chacun doit être indemnisé selon que la loi l’a prévu et cela doit être suivi par la relocalisation », martèle Karl Mweze.
En réaction, Evariste Mazeza, chargé des relations publiques de l’entreprise Chemaf, déclare pour sa part que le dossier sur le village Mukumbi est clos, car la société a déjà versé la prime d’indemnisation. Pour sa part, le ministre provincial de l’Intérieur à Kolwezi Déodat Kapenda n’a pas voulu commenter indiquant que l’affaire était déjà en justice.