Accusé de sous-payer ses employés kenyans, Sama s'en défend et se présente comme une entreprise socialement éthique
"ChatGPT : Sama, l'entreprise "éthique" derrière les scandales de modération au Kenya"; 20 janvier 2023
"Au Kenya, les salaires sont généralement bas et les conditions de travail peuvent être mauvaises. De nombreux travailleurs n'ont pas accès à des avantages tels que l'assurance santé ou des jours de vacances payés. En outre, il y a des rapports faisant état d'exploitation dans certaines industries." Tel est le constat de ChatGPT, cette intelligence artificielle (IA) et conversationnelle très à la mode, lorsqu’on l’interroge sur le marché du travail au Kenya.
...Des Kényans ont été payés moins de deux dollars par heure pour s’assurer que ChatGPT ne se lance pas dans des dérapages racistes, des diatribes à la gloire de la pédocriminalité ou une défense du terrorisme, a révélé...le magazine américain Time dans une enquête sur les conditions de travail en Afrique des modérateurs opérant pour OpenAI, la société américaine qui a développé cette IA...À l’heure où une partie du monde célèbre le bond technologique incarné par ChatGPT tandis que d’autres dénoncent le risque de voir cette IA remplacer des travailleurs par millions, peu s’intéressent à l’envers du décor de sa création...
Un dur labeur sous-traité fin 2021 à des modérateurs au Kenya. "C’était de la torture", se souvient l’une des petites mains kényanes qui a fait le tri entre le bon grain et la pire ivraie pour OpenAI, interrogée par Time. Car ce n’est pas tant le niveau de salaire qui importe le plus, mais plutôt la violence des contenus auxquels ces modérateurs ont été confrontés durant leur travail.
L’un des modérateurs a raconté à Time avoir été hanté par des descriptions de mort et de zoophilie. Ces traqueurs d’ignominie en ligne étaient divisés en trois équipes qui avaient chacune leur spécialité : les abus sexuels, la haine en ligne et la violence. Ils devaient lire et évaluer chaque jour entre 150 et 250 extraits de texte sélectionnés par OpenAI contenant des descriptions souvent très explicites d’actes allant de la torture à l’inceste. Ces modérateurs pouvaient consulter des conseillers en "bien-être" pour garder leur équilibre mental. Mais les témoignages recueillis par Time suggèrent que ces "spécialistes" n’étaient pas des plus disponibles.
Si cette affaire a des airs de déjà-vu, ce n’est pas un hasard. En février 2022, c’est Facebook qui s’est retrouvé sur le banc des accusés pour avoir sous-traité la modération de ses contenus les plus violents à des employés sous-payés au Kenya. À l’époque, c’était déjà Time qui avait révélé l’affaire. Et l’un des modérateurs – renvoyé après avoir revendiqué trop ouvertement de meilleures conditions de travail – a même déposé une plainte contre Facebook au nom des modérateurs kényans en mai 2022.
Un autre fil relie ces deux affaires : Sama, la société californienne chargée à la fois par Facebook et OpenAI d’effectuer ce filtrage de contenus. En février 2022, l'entreprise avait contesté les allégations de Time concernant l’exploitation des modérateurs kényans pour le compte de Facebook. Peu après, elle avait cependant accepté d’octroyer une nette augmentation de salaire à ses employés kényans les moins bien payés.
Cette fois encore, Sama contredit une partie des affirmations du magazine américain. Les spécialistes du "bien-être" auraient parfaitement été à l’écoute des salariés, les modérateurs auraient eu seulement 70 extraits à valider par jour et Sama affirme que les salaires pouvaient être plus élevés...[Se réfère à Google et Microsoft]...