Directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD)
Contenu
La directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) en bref
Après sa réouverture et sa modification dans le cadre du processus « Omnibus I », la CSDDD est actuellement en cours de transposition dans le droit national, ce qui signifie qu’une loi fondée sur la CSDDD sera en vigueur dans tous les Etats membres de l’UE. La date limite de transposition est fixée à juillet 2028. Les lois nationales relatives à la CSDDD seront alors applicables à partir de juillet 2029.
La directive de l’UE sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) impose aux grandes entreprises relevant de son champ d’application d’identifier, de prévenir, de mettre fin et de remédier aux impacts négatifs sur les droits humains et l’environnement liés à leurs propres activités, à celles de leurs filiales et à celles de leurs partenaires commerciaux au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales (« chaîne d’activités »).
Ces dispositions s’accompagnent d’obligations en matière de dialogue avec les parties prenantes, de procédures de plainte et de notification, de lignes directrices officielles de mise en œuvre (actuellement en cours d’élaboration), ainsi que d’un contrôle de l’application par les autorités de surveillance nationales et, éventuellement, par les tribunaux de l’UE.
Quelles sont les entreprises concernées par la CSDDD ?
Une entreprise relève du champ d’application de la CSDDD si elle atteint l’un des seuils (ou une combinaison de seuils) suivants :
- les entreprises établies dans l’UE comptant plus de 5 000 salariés et réalisant un chiffre d’affaires net mondial supérieur à 1,5 milliard d’euros ;
- les entreprises non européennes qui réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 milliard d’euros sur le marché de l’UE, même si leur siège social ou leur siège social n’est pas situé dans l’UE.
Les entreprises de franchise et de licence sont-elles concernées par la CSDDD ? [en anglais]
Yes, the CSDDD also applies to companies – both EU and non-EU – that:
- operate through franchising or licensing agreements in the EU (for example, large retail, hotel, or fast-food chains using franchise models);
- earn more than €75 million in royalties in the EU; and
- have a net worldwide turnover of more than €275 million.
This last category is intended to capture companies that may not directly sell products or services themselves but still exercise significant economic influence and control through franchise or licensing business models.
Si vous connaissez l’entreprise susceptible d’être liée au préjudice que vous (ou les personnes que vous soutenez) avez subi, vous pouvez vérifier si cette entreprise est concernée par la CSDDD dans la plateforme de données sur la CSDDD de SOMO. Cette plateforme répertorie à la fois les entreprises de l’UE et celles hors UE entrant dans le champ d’application de la directive.
Si vous craignez qu’une entreprise potentiellement couverte par la CSDDD soit impliquée dans des risques et préjudices (locaux), mais que vous ayez besoin d’en savoir plus sur les liens potentiels, vous pouvez consulter les conseils de base ici.
Si l’entreprise n’est pas concernée, il existe peut-être d’autres lois ou outils (européens) permettant de prendre contact avec elle, de faire part de vos préoccupations ou de demander réparation. Vous pouvez également explorer d’autres voies de recours ici ou répondre à quelques questions pour recevoir des suggestions sur les voies les plus adaptées à votre situation spécifique ici.
Quelles sont les obligations des entreprises ?
Les entreprises relevant du champ d’application de la CSDDD sont tenues d’exercer une diligence raisonnable en matière de droits de l’homme et d’environnement. Elles doivent prendre les mesures appropriées pour
- identifier, évaluer et (si nécessaire) hiérarchiser les impacts négatifs auxquels elles sont liées par le biais de leurs activités, de leurs filiales et de leurs partenaires commerciaux directs ou indirects au sein de leur "chaîne d’activités" mondiale ;
La "chaîne d’activités" désigne essentiellement l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise (de la conception à l’approvisionnement en matières premières, en passant par la transformation, la fabrication, etc.), ainsi que la distribution, le transport et le stockage de ses produits par l’intermédiaire de partenaires commerciaux (directs).
- prévenir, atténuer (réduire) et mettre fin aux impacts qui ont été, ou auraient dû être, identifiés ;
- assurer ou collaborer à la remédiation des impacts qu’elle a causés ou auxquels elle a contribué "causés conjointement" ;
- dialoguer de manière constructive et en toute sécurité avec les parties prenantes concernées et mettre en place des procédures de réclamation.
Protection des droits humains et des normes environnementales [en anglais]
There are specific human and environmental rights and prohibitions that companies must consider in their due diligence. In other words, the purpose of due diligence under the CSDDD is to avoid and tackle infringemements of these rights and prohibitions. They are spelled out and listed in the CSDDD's Annex at the bottom of the legal text.
For human rights, this includes, among others:
- the right to life;
- the prohibition on torture;
- the right to liberty and security;
- rights to privacy and freedom of thought;
- various core labour protections such as the right to just and favourable conditions of work, including adequate living wage and living income, the prohibition of child labour and forced labour, the right to freedom of association and collective bargaining, and the prohibition of unequal treatment in employment; as well as
- land rights, many of which relate to Indigenous Peoples’ rights.
Companies are required to consider (additional) rights enshrined in a number of human rights instruments listed in the Annex, including:
- the International Covenant on Civil and Political Rights (which relates to the rights of Human Rights Defenders, for instance)
- the International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights;
- the Convention on the Rights of the Child; and
- the ILO Core Conventions.
Companies also need to respect adverse impacts on the environment resulting from breaches of prohibitions and obligations under environmental conventions listed in the Annex, such as:
- the Stockholm Convention on Persistent Organic Pollutants; and the
- Basel Convention on the Control of Transboundary Movements of Hazardous Wastes and their Disposal.
The CSDDD covers (further) environmental degradation if it affects human rights and livelihoods, such as harmful soil changes, water or air pollution, harmful emissions, and excessive water consumption.
Quand les mesures de diligence raisonnable sont-elles “appropriées” au sens de la CSDDD ?
Les "mesures appropriées" au sens de la CSDDD sont des mesures "qui permettent d’atteindre les objectifs liés au devoir de vigilance, en traitant efficacement les incidences négatives" d’une manière adaptée au contexte, proportionnée et raisonnable (article 3, paragraphe 1, point o), de la CSDDD).
En matière de prévention, d’atténuation, de cessation ou de remédiation des impacts négatifs au titre de la CSDDD, ce qui constitue une action appropriée dépend également du fait que l’entreprise soit à l’origine de ces impacts de manière directe, conjointement avec d’autres entités (y compris au sein de sa chaîne d’approvisionnement), ou que l’impact soit entièrement causé par des partenaires commerciaux et que l’entreprise y soit simplement liée.
Ceci est conforme au cadre de participation établi par les normes internationales des Nations unies et de l’OCDE.
Les entreprises relevant de la CSDDD ne sont pas tenues de garantir la prévention et l’élimination effectives de (tous) les risques et préjudices liés aux droits humains ou à l’environnement dans leurs chaînes d’approvisionnement. Elles sont uniquement tenues de prendre des "mesures appropriées" à cet effet. Il s’agit d’une obligation de moyens ou d’effort (par opposition à une obligation de résultat).
Toutefois, la diligence raisonnable au titre de la CSDDD ne peut être un processus superficiel ou standardisé qui n’existe que sur le papier : les résultats positifs pour les personnes et l’environnement ont bel et bien de l’importance.
CSDDD : la diligence raisonnable en détail (y compris la réparation et l’engagement des parties prenantes) [en anglais]
1. Identifying and assessing risks and harms
Companies must look for risks to people and the environment related to their business activities. This includes harms arising from their own operations, those of their subsidiaries, and those of the company’s direct and indirect suppliers, contractors, and other business partners in the supply chain (“chain of activities”).
This means companies cannot ignore harms simply because they happen further down the supply chain or are caused by business partners. Companies are expected to proactively identify assess these risks instead of waiting until harm has already occurred.
2. Prioritising
If companies cannot address every problem immediately, they must prioritise those risks that are most severe and most likely to happen across their full chain of activities. This so-called ‘risk-based approach’ is largely in line with the international UN and OECD due diligence standards.
In deciding which risks to address first, companies must consider whether these could otherwise become irremediable (unrepairable), how serious the impact is on affected people and communities, and how many people are affected. Companies must also consult affected stakeholders when making these decisions.
Prioritisation means sequencing when to tackle an issue, not postponing action on certain issues endlessly or ignoring them.
3. Taking action to prevent and end harm
Companies must take meaningful steps to reduce risks and address problems. Measures must be appropriate to the situation. For example, companies should:
- change their own business practices, including adjustments to
- purchasing practices (e.g. where price pressure and unrealistic production targets contribute to harms at supplier level);
- distribution and design practices (e.g. harmful product design that negatively affects users);
- engage and work with suppliers to jointly fix problems;
- agree on burden-sharing between buyer and supplier through fair contractual terms;
- develop prevention or corrective action plans;
- use their influence to improve conditions; or
- as a last resort, responsibly (and if needed indefinitely) suspend working with business partners where there is no prospect nor leverage for improvements – in a way that does not simply leave workers or surrounding communities stranded but addresses the potential negative human rights impacts of leaving.
The goal is not only to identify risks, but to prevent harm from happening, or stop and remediate ongoing harm, through effective, collaborative action that avoids cost-shifting to suppliers.
While (third-party) audits are mentioned among the catalogue of possible measures, they are by no means the prime due diligence instrument under the CSDDD.
4. Engaging with affected people and communities
Companies covered by the CSDDD must engage with workers, trade unions, affected communities, and other "affected stakeholders" (such as Indigenous Peoples) and their "legitimate representatives" (such as community and local civil society organisations or their networks) when identifying risks and deciding what actions to take.
Human Rights Defenders (HRDs) may fit under both categories as they are often affected in their own rights while also representing and supporting other rightsholders.
The perspectives of people directly affected by business activities are key to ensuring due diligence measures are fit for purpose. They convey information about harms and risks that companies may otherwise miss.
These consultations must be meaningful, ongoing, safe, and accessible. Companies should ensure that people can participate without fear of intimidation, discrimination, or retaliation, and they should remove barriers that prevent participation. Where it is impossible or unsafe to engage with affected people and their immediate representatives directly, companies can in addition consult "experts" like international NGOs.
5. Providing safe ways to raise complaints
Companies must set up complaints or grievance mechanisms so that affected parties like workers, communities, trade unions, civil society organisations and Human Rights Defenders can report risks or harms. There must also be a notification channel to enable any other concerned individuals or organisations, even if they are not directly affected, to submit information on risks and harms related to the company’s operations and supply chains. These mechanisms must be accessible, safe, and trustworthy.
People who raise concerns must be protected from retaliation, threats, or punishment. Companies must respond to complaints and follow up appropriately, including by taking remediation action.
6. Providing remedy when harm occurs
The CSDDD clearly says that if a company has caused or contributed to harm, it must (help) repair that harm. Where the harm is caused solely by a business partner, the company that directly falls under the CSDDD may still engage in voluntary remediation, or at least use its leverage to influence the business partner to provide remedy.
Remedy should aim to address the impact suffered by affected people or communities and prevent the harm from happening again. It may include:
- compensation;
- rehabilitation;
- restoring land or the environment;
- apologies;
- guarantees that the harm will not happen again; or
- other appropriate corrective measures.
7. Monitoring and evaluating whether measures are working
Companies must regularly (every five years) check whether their overall due diligence system effective and improve it where necessary. This includes long-term monitoring of whether harms are actually being prevented or addressed and whether company actions are making a real difference in practice. It is a monitoring and evaluation exercise that is fundamentally different from ongoing due diligence and engagement, which however also have to undergo constant recalibration.
8. Public due diligence reporting
Among other disclosure, companies must publicly explain:
- what risks they identified;
- what actions they took; and
- whether those actions were effective.
For most companies covered by the CSDDD, this will be part of their reporting under the Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD). It helps increase transparency and allows workers, communities, civil society organisations, investors, and the public to better understand how companies are addressing human rights and environmental risks.
Que puis-je faire si une entreprise ne respecte pas ses obligations ?
Si une entreprise relevant de la CSDDD ne respecte pas ses obligations, plusieurs voies sont possibles pour lui demander des comptes.
La CSDDD ne s’appliquera qu’à partir de juillet 2029 et vous ne pourrez signaler que les violations en cours ou imminentes à cette date, ou celles qui se produiront par la suite. Cela est particulièrement important si vous envisagez de déposer une plainte officielle auprès d’une autorité de contrôle nationale, voire d’intenter une action en justice.
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1. Interagir avec l'entreprise
Même après les révisions apportées par l’Omnibus I, le CSDDD accorde une importance considérable à un engagement obligatoire et constructif avec les parties prenantes concernées, telles que les travailleurs et les communautés, ainsi qu’avec leurs représentants. Même s’il incombe à l’entreprise d’engager ce dialogue, prendre contact avec d’autres ONG, des associations de terrain ou des syndicats qui sont déjà en relation avec l’entreprise, ou recourir à son mécanisme de plainte, peut constituer un moyen d’exiger activement un engagement de la part de l’entreprise et de soulever des questions relatives aux droits humains et à l’environnement afin de trouver une solution.
Les organisations de la société civile et leurs réseaux peuvent vous apporter leur soutien lorsque vous vous préparez à dialoguer avec des entreprises ou que vous êtes déjà engagé dans des discussions avec celles-ci.
Les entreprises doivent veiller à ce que les personnes puissent participer sans crainte d’intimidation, de discrimination ou de représailles, et elles doivent lever les obstacles qui empêchent cette participation. Il est toutefois important que vous pensiez avant tout à votre sécurité et à celle des autres lorsque vous vous engagez dans ce dialogue.
2. Utiliser le(s) canal(aux) de réclamation de l’entreprise
Si vous estimez qu’une entreprise n’a pas rempli ses obligations, et en particulier si vous-même ou les personnes que vous soutenez avez subi un préjudice en conséquence, vous pouvez envisager de déposer une notification ou une plainte directement auprès de l’entreprise.
Les entreprises relevant du CSDDD doivent mettre en place et maintenir une procédure de plainte et un mécanisme de signalement permettant à toute personne de faire part de ses préoccupations concernant des atteintes aux droits humains ou des dommages environnementaux, qu’elle soit elle-même concernée ou non. Ces mécanismes doivent être équitables, accessibles au public, prévisibles et transparents. Les plaintes peuvent porter sur des préjudices réels ou des risques de préjudice liés aux activités de l’entreprise, à ses filiales, à ses fournisseurs ou à d’autres partenaires commerciaux.
Cliquez ici pour en savoir plus sur les mécanismes de plainte mis en place par les entreprises en général.
Même si la CSDDD n’est pas encore applicable, les entreprises peuvent déjà disposer d’un mécanisme de traitement des plaintes en raison de leurs obligations au titre des législations nationales (en matière de diligence raisonnable) et des normes internationales de l’ONU et de l’OCDE.
Les entreprises doivent prendre des mesures pour prévenir toute forme de représailles à l’encontre de la personne déposant la plainte, notamment en garantissant la confidentialité de l’identité de la personne ou de l’organisation à l’origine de la plainte, conformément à la législation nationale. Avant de déposer une plainte, il est néanmoins important de prendre en compte tout risque éventuel pour votre propre sécurité et celle d’autrui. Là encore, il peut être utile de demander conseil à quelqu’un si vous avez des doutes.
Questions fréquentes sur les plaintes auprès des entreprises dans le cadre de la CSDDD
Comment trouver les notifications et le(s) mécanisme(s) de traitement des réclamations de l’entreprise ?
Vous devez tout d’abord identifier le mécanisme de traitement des réclamations de l’entreprise afin de comprendre son fonctionnement et de savoir comment déposer une notification (si vous n’êtes pas directement concerné par le problème mais disposez néanmoins d’informations pertinentes ou avez des préoccupations) ou une plainte (si vous ou les personnes dont vous vous occupez êtes directement concernés).
Vous pouvez généralement trouver ces canaux de réclamation sur le site web de l’entreprise, en effectuant une recherche en ligne, ou sur les sites de production s’ils sont annoncés sur des affiches, par exemple.
Il se peut également que l’entreprise ne dispose pas de son propre mécanisme de réclamation, mais qu’elle le gère en collaboration avec d’autres entreprises et participe à d’autres mécanismes conjoints par le biais d’associations professionnelles, d’initiatives multipartites ou d’accords-cadres mondiaux.
Une fois le mécanisme identifié, vous devez vérifier quelles informations l’entreprise vous demande de fournir pour traiter votre réclamation. Sachez que vous n’êtes pas obligatoirement tenu de suivre (toutes) ces recommandations ; n’hésitez pas à demander conseil à quelqu’un en cas de doute.
Qui peut déposer une plainte ?
Le CSDDD mentionne une série de personnes et d’organisations pouvant déposer une plainte ou un grief :
- une personne physique ou morale (organisation) qui est affectée ou qui a des motifs raisonnables de croire qu’elle pourrait être affectée par un impact négatif ; ainsi que ses représentants légaux, tels que les organisations de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme
- les syndicats et autres représentants des travailleurs représentant les personnes travaillant dans la chaîne d’approvisionnement (chaîne d’activités) de l’entreprise
- en cas d’impact environnemental, les organisations de la société civile actives et expérimentées dans ce domaine
Toute autre partie peut néanmoins transmettre des informations et faire part de ses préoccupations, de manière confidentielle, voire anonyme. Toutefois, ces communications peuvent être traitées comme de simples notifications, ce qui signifie que les entreprises disposent d’une plus grande marge d’appréciation pour décider de répondre ou non à la personne à l’origine de ces informations.
Quels sont les droits procéduraux des plaignants ?
En vertu de la CSDDD, les plaignants ont légalement le droit :
- de demander un suivi approprié de la part d’une entreprise ;
- de rencontrer les représentants de l’entreprise pour discuter des impacts négatifs réels ou potentiels ; et
- d'être informés de la décision quant au bien-fondé ou à l’absence de bien-fondé de leur plainte, ainsi que des mesures et actions qui ont été ou seront prises en réponse, y compris d’éventuelles mesures correctives.
Comme la loi ne prescrit pas de résultat précis pour une telle plainte, celui-ci peut varier en fonction de l’entreprise et de la situation.
3. Dépôt d’une notification ou d’une plainte auprès d’une autorité de contrôle nationale
Chaque Etat membre de l’UE doit désigner une autorité de contrôle chargée de veiller au respect de la CSDDD. Ces autorités n’ont pas encore été désignées. Toute personne physique ou morale pourra soumettre en ligne des "préoccupations fondées” à l’autorité de contrôle compétente lorsqu’elle aura des raisons de croire qu’une entreprise relève de la législation nationale relative à la CSDDD de ce pays et qu’elle ne s’y conforme pas.
Il n’est pas nécessaire de résider dans l’UE pour faire part de ses préoccupations à une autorité de contrôle nationale.
Après avoir reçu une préoccupation, l’autorité peut :
- mener une enquête sur l’entreprise ;
- demander des informations complémentaires soit à l’entreprise, soit à la personne ayant déposé la plainte ;
- ordonner des mesures correctives et de remédiation ; ou
- infliger des sanctions ou des amendes qui, pour les infractions les plus graves, sont plafonnées à 3 % du chiffre d’affaires net mondial de l’entreprise.
Si l’autorité constate que l’entreprise n’a pas respecté les dispositions de la législation nationale adoptées en application de la CSDDD, elle peut lui accorder un « délai raisonnable » pour se mettre en conformité. Cela n’exclut pas la possibilité de sanctions ou d’une action civile supplémentaire devant les tribunaux.
4. Action en justice/responsabilité civile devant un tribunal compétent d’un Etat membre de l’UE
En fonction de la législation nationale applicable en matière de CSDDD, les victimes d’abus commis par une entreprise pourraient être en mesure de mettre cette dernière en cause en vertu de la CSDDD devant un tribunal civil d’un Etat membre de l’UE et de demander réparation du préjudice subi si :
- l’entreprise relève du champ d’application de la CSDDD ;
- l’entreprise n’a pas respecté une obligation de diligence raisonnable applicable ;
- ce manquement a causé ou contribué à causer un préjudice à une ou plusieurs personnes ;
- il existe un lien suffisant entre le manquement de l’entreprise et le préjudice pour établir la responsabilité en vertu de la législation nationale applicable ; et
- le demandeur est en mesure de fournir des preuves suffisantes à l’appui de sa demande.
Etant donné que les modifications apportées par l’“Omnibus I” ont supprimé le régime initial de responsabilité civile harmonisé à l’échelle de l’UE prévu par la CSDDD, il faut s’attendre à des variations considérables dans la manière dont les Etats membres transposeront le texte modifié (voir ci-dessous dans notre section “Questions fréquentes”) dans leur droit national de la responsabilité civile. Pour les victimes d’abus commis par des entreprises et leurs représentants, il peut être utile de solliciter un avis juridique. Notre annuaire d’assistance juridique peut vous aider à trouver des contacts (initiaux) susceptibles d’être pertinents dans votre situation.
Si toutes les voies de dialogue, de plainte et de recours prévues par la CSDDD peuvent être utilisées simultanément et indépendamment les unes des autres, l’action en justice est généralement considérée comme un dernier recours lorsque les tentatives de dialogue et les plaintes précédentes ont échoué, compte tenu également des coûts, de la complexité et de la charge en temps qu’elle est susceptible d’entraîner. Pour en savoir plus sur les actions en justice en matière d’entreprises et de droits humains en général, cliquez ici.
Questions fréquentes sur la responsabilité civile au titre de la CSDDD
Que dit le texte juridique de la CSDDD au sujet de la responsabilité civile ?
Selon la dernière version de l’article 29, paragraphe 2, de la CSDDD, "lorsqu’une société est tenue pour responsable, en vertu du droit national, des dommages causés à une personne physique ou morale par manquement aux obligations liées au devoir de vigilance prévues par la présente directive, les Etats membres veillent à ce que ces personnes aient droit à une réparation intégrale.”
Bien que les modifications apportées par l’“Omnibus I”, par rapport à la directive initiale, mettent davantage l’accent sur le pouvoir discrétionnaire des Etats membres et qu’un débat subsiste à ce sujet, un nombre croissant d’experts juridiques et de chercheurs ont précisé que la nouvelle formulation implique toujours que :
- les Etats membres doivent prévoir, dans leur droit national, une responsabilité civile pour les dommages résultant du manquement aux obligations de la CSDDD afin de mettre en œuvre l’article 29 de cette directive ; et
- les juridictions des Etats membres de l’UE devraient pouvoir appliquer le droit national de la responsabilité civile spécifique à la CSDDD même lorsque des dommages-intérêts sont réclamés à l’encontre d’une entreprise régie par la CSDDD pour des préjudices survenus dans un pays tiers (par exemple, un pays de production). Le meilleur moyen d'y parvenir est de concevoir les normes nationales de responsabilité civile spécifiques à la CSDDD comme des dispositions impératives de rang supérieur.
Cela correspond à la manière dont la Commission européenne elle-même explique la directive révisée (diapositive 12).
Qui peut intenter une action ?
Une action peut être intentée par toute personne physique ou morale ayant subi un préjudice résultant du non-respect par une entreprise de ses obligations de diligence raisonnable applicables. Selon le droit national, cela peut inclure les titulaires de droits concernés, les travailleurs, les communautés, les particuliers ou les organisations ayant subi un préjudice juridiquement reconnu.
En règle générale, ces personnes doivent être en mesure de démontrer que le manquement de l’entreprise a causé le préjudice ou y a contribué, et satisfaire aux conditions applicables en matière de responsabilité civile prévues par le droit national
Que peut-on réclamer ?
Les victimes et leurs représentants devant les tribunaux peuvent :
- demander une indemnisation intégrale pour le préjudice subi ;
- demander une injonction obligeant l’entreprise à mettre fin à une infraction ou à la prévenir, y compris par le biais de procédures d’urgence ou de mesures provisoires ;
- demander la divulgation des éléments de preuve détenus par l’entreprise lorsque le demandeur a fourni suffisamment de faits et d’éléments de preuve pour rendre sa demande plausible et peut démontrer que l’entreprise détient d’autres éléments de preuve pertinents.
Les entreprises ne peuvent pas automatiquement échapper à leur responsabilité en invoquant le recours à un vérificateur tiers indépendant, leur participation à une initiative sectorielle ou multipartite, ou l’inclusion de clauses de diligence raisonnable dans leurs contrats.
Les entreprises ne peuvent être tenues pour responsables si le préjudice a été causé uniquement par des partenaires commerciaux de leur chaîne d’activités ; toutefois, lorsque le préjudice a été causé conjointement par l’entreprise et une autre entité de sa chaîne d’activités, telle qu’une filiale ou un fournisseur, une responsabilité solidaire peut s’appliquer, en fonction du droit national.
Quelles sont les issues possibles ?
Lorsque la responsabilité est établie, la principale conséquence est l’indemnisation intégrale du préjudice subi. L’indemnisation intégrale vise à couvrir la perte ou le préjudice réel.
Un tribunal peut également ordonner à l’entreprise de mettre fin ou d’empêcher le comportement préjudiciable, notamment par le biais de mesures provisoires ou d’urgence.
Lorsque le préjudice a été causé conjointement par l’entreprise et une autre entité de sa chaîne d’activités, telle qu’une filiale ou un partenaire commercial, la responsabilité solidaire peut s’appliquer, en fonction du droit national.
La directive CSDDD n’empêche pas les demandeurs de se prévaloir d’autres règles de responsabilité civile de l’UE ou nationales qui offrent une protection plus forte ou supplémentaire.
Y a-t-il des délais à respecter ?
La CSDDD impose aux Etats membres de veiller à ce que les règles de prescription ne rendent pas excessivement difficile l’introduction d’une action en justice. Le délai de prescription pour les demandes d’indemnisation liées à la CSDDD doit être d’au moins cinq ans. Il ne peut être plus court que le délai de prescription applicable en vertu des règles générales de responsabilité civile de l’Etat membre concerné. Le délai de prescription ne doit pas commencer à courir avant que l’infraction ait cessé et seulement lorsque le demandeur a connaissance, ou peut raisonnablement être censé avoir connaissance, de l’infraction et de l’identité de l’auteur de l’infraction.
S’agissant de normes minimales, les délais de prescription exacts et les règles de procédure devront être vérifiés au regard du droit national de l’Etat membre concerné, voire du droit d’un pays tiers (par exemple, un pays de production) où le préjudice a pu se produire. Ce serait le cas si un Etat membre de l’UE ne veillait pas à ce que ses tribunaux puissent appliquer les règles nationales spécifiques à la CSDDD lorsque des entreprises sont poursuivies pour un préjudice qu’elles ont causé ou auquel elles ont contribué à l’étranger – par exemple, au sein de leurs chaînes d’approvisionnement. Une telle omission risquerait de vider de leur substance les droits procéduraux fondamentaux prévus par la CSDDD (notamment le délai de prescription de cinq ans et le droit à une indemnisation intégrale).
